Quand on pense true crime, on pense serial killers, enquêtes spectaculaires, disparitions mystérieuses. Rarement au voisin de palier. Encore moins au conjoint. Pourtant, la majorité des homicides en France sont commis par un proche de la victime. C'est exactement le territoire qu'explore Home(icides), produit par Bababam. Un podcast qui a dépassé les 1 250 épisodes en restant fidèle à une ligne éditoriale aussi précise qu'inconfortable : raconter les crimes qui se produisent entre quatre murs, là où la confiance règne et où la violence frappe le plus fort.
Pourquoi un podcast entier sur les crimes domestiques ?
Le true crime francophone ne manque pas de propositions. Entre les reconstitutions d'affaires célèbres et les séries documentaires à suspense, le genre s'est installé durablement dans les habitudes d'écoute. Selon Meilleurs-Podcasts.fr, c'est l'une des catégories true crime les plus actives du catalogue francophone, avec des dizaines de podcasts publiés chaque semaine.
Mais dans cette profusion, la plupart des podcasts ratissent large. Ils piochent dans le répertoire des grandes affaires, passent d'un tueur en série américain à un cold case français sans fil conducteur éditorial clair. Home(icides) fait l'inverse. Le podcast s'est construit sur un angle unique : les violences intrafamiliales et les crimes domestiques. Pas de serial killers anonymes. Pas de victimes inconnues. Ici, les protagonistes se connaissaient, se faisaient confiance, parfois s'aimaient.
C'est ce parti pris qui rend chaque épisode si dérangeant. Et si utile. En se concentrant sur les mécanismes de l'emprise, les signaux ignorés, les dynamiques psychologiques qui précèdent le passage à l'acte, Home(icides) dépasse le simple récit criminel. Il devient, presque malgré lui, un outil de compréhension sociale.
J'ai écouté une dizaine d'épisodes sur une semaine. Ce qui m'a frappé, c'est la manière dont le podcast prend le temps de planter le décor relationnel avant d'arriver aux faits. On comprend comment une famille fonctionnait au quotidien, quels équilibres se sont rompus, quels signaux auraient pu alerter l'entourage. Ce n'est pas du voyeurisme. C'est de la pédagogie par le récit.
1 250 épisodes : la force d'un catalogue massif
Le chiffre impressionne. Plus de mille deux cents épisodes publiés, avec une régularité quotidienne qui ne faiblit pas. En mai 2026, le podcast continue de publier sans interruption. Pour un auditeur qui découvre la série, c'est à la fois une richesse et un vertige : par où commencer ?
Le catalogue mêle épisodes autonomes et mini-séries de 4 ou 8 épisodes qui suivent une même affaire en profondeur. Pour certaines histoires, Bababam prend le temps de dérouler l'enquête sur plusieurs jours, ce qui permet de comprendre les dynamiques familiales et les enchaînements qui ont mené au drame. Chaque épisode dure environ 25 minutes, suffisamment long pour poser le contexte, suffisamment court pour être écouté dans un trajet ou une pause. Ce format, Bababam le maîtrise parfaitement. On retrouve la même discipline dans La Traque, leur autre série true crime qui dépasse elle aussi les 1 000 épisodes avec des formats de 20 minutes.
Ce qui frappe quand on écoute plusieurs épisodes d'affilée, c'est la cohérence du ton. Pas de sensationnalisme gratuit. Pas de musique dramatique pour compenser un récit faible. Les faits sont posés avec soin, les dynamiques relationnelles expliquées sans jugement moral simpliste. C'est cette retenue qui donne au podcast sa crédibilité sur la durée.
Bababam est devenu l'un des studios les plus prolifiques du podcast francophone, et Home(icides) illustre parfaitement leur méthode de production. Un format calibré, une thématique ciblée, une cadence de publication soutenue. Le résultat : un podcast qui crée une habitude d'écoute. On sait ce qu'on va trouver, on sait combien de temps ça va durer, et on sait que le niveau de qualité sera constant. C'est exactement ce qui manque à beaucoup de podcasts true crime lancés avec enthousiasme et abandonnés après 30 épisodes.
Ce qui distingue Home(icides) dans le paysage true crime francophone
Le true crime francophone a ses piliers. Affaires criminelles avec Cogiteur Stories propose 227 épisodes d'une quarantaine de minutes chacun, avec la précision méthodique d'un enquêteur. L'Heure Du Crime sur RTL mise sur des formats longs de 47 minutes et le poids institutionnel d'une grande radio. CERNO L'anti-enquête, porté par Julien Cernobori, pousse la réflexion plus loin en interrogeant les limites de son propre regard sur les affaires qu'il couvre. Et Affaires Criminelles de Mogota maintient une ligne rigoureuse sur 252 épisodes, sans voyeurisme ni sensationnalisme gratuit.
Chacun de ces podcasts a trouvé son créneau. Ce qui distingue Home(icides), c'est la combinaison de trois éléments : un angle thématique exclusif (les crimes domestiques), un volume de production hors norme, et un format calibré pour l'écoute quotidienne. C'est un podcast qu'on intègre dans sa routine, pas qu'on binge un dimanche pluvieux.
À mon sens, le vrai concurrent éditorial d'Home(icides) n'est pas un autre podcast true crime. Ce sont les documentaires de société sur les violences intrafamiliales. Sauf que le format podcast offre un avantage décisif : la régularité. Un documentaire télévisé traite une affaire en profondeur, puis disparaît. Home(icides) installe un rendez-vous quotidien qui maintient la conscience de ces réalités vivante. C'est une forme de veille sociétale par le récit.






